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MARC PAGES

Pour un nouveau démarrage

L'AVANT SCENE DE NOËL

La semaine a été si maussade et si cafardeuse que tout un chacun a eu tendance à se recroqueviller au plus profond de soi. Mais aujourd’hui, l’ humeur est à l’explosion, celle de lever les bras en l’air et de respirer à plein poumon cette brise fraîche qui vient caresser les cimes des arbres et celle des parfums de bougies, de gaufres, d’encens et d’épices qui surgissent des échoppes de bois clair . Malgré la froidure saisonnière, si la chaleur se maintien à l’intérieur des demeures, une autre aussi chaude se profile à l’extérieur. En effet, la préparation des fêtes de fin d’année soulève une effervescence à la fois attendue et subie. 

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Colmar

Les années passent et les préparatifs prennent de plus en plus d’ampleur. Les marchants du temple se réveillent et inondent de leurs produits leurs étales et vitrines. Les consommateurs s’émerveillent de cette profusion et pourtant maudissent la corvée des achats. Les fastes de Comus et de Bacchus s’annoncent prospères alors que de plus en plus de personnes vont jalouser et envier les nantis du mercantilisme. Là où les associations d’entraide battent en cette saison, leur record d’activité, les surfaces marchandes regorgent de denrées hautement périssables et de produits par trop sophistiqués. La mesure n’existe plus. Tout est dans la démesure, la quantité, le clinquant, le bruyant. La simplicité n’est plus de mise, tout est dans le haut de gamme et le luxe français pour les favorisés, le « made in China » pour tous les autres. Quelques rares traces de poésie et de charme planent au dessus de cette folie matérialiste pour s’évanouir aussitôt au lendemain de cette frénésie de fêtes de fin d’année.
 
La préparation de Noël (période de l’Avent chez les croyants) a perdu son sens originel et surtout sa forme originale. La référence à la mystique religieuse s’est dissipée au fil des ans, pour ne devenir qu’un souvenir partagé par une minorité de nostalgiques. Fort heureusement le sens de la fête garde encore quelques fondements féeriques dans leur relation avec la communauté de nos chers enfants. C’est sans doute là que s’expriment le mieux la joie et l’émerveillement si l’enfant est soumis à la part de mystère et reste préservé du harcèlement commercial.
 
Il est vrai que l’Alsace et ses marchés de Noël, sont une forme de féerie à grande échelle, où tous les cadeaux d’autrefois qui réjouissaient le cœur des familles se transforment aujourd’hui en une avalanche de produits et gadgets fabriqués à l’autre bout du monde par des petites mains asiatiques qui n’ont aucune idée de l’utilité et de la finalité de ces objets. La mondialisation a envahit les coutumes et les légendes locales. Les pères noëls américains côtoient les mangas japonais ainsi que les élans suédois ; les guirlandes virent au bleu et les lumières scintillent en trois dimensions. Les cigognes portent le bonnet du père Noël, les promeneurs s’affublent de façon loufoque de toque rouge clignotante. Les santons de Provence sente la pâte de guimauve, l’enfant Jésus dans la crèche laisse échapper des senteurs indiennes et les petits Saint-Nicolas ont le goût du jambon des Ardennes. On se rue sur les gobelets de vin chaud à base d’épices dénaturées pour mieux admirer les stands de masques Dogon et de bonnets péruviens.
 

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Colmar

Les villes rivalisent de luminescence et de sapins blancs, pendant que les maisons de la campagne arborent dans leur jardin les traîneaux lumineux tirés par des rennes non moins lumineux. Ils installent sur leur toit et leur balcon d’horribles pères noël grimpeurs à la corde et chaussés de bottes de chantier. Il est vrai que l’on a quelque peu perdu le goût du décor ancien comme le goût des friandises naturelles.
Reconnaissons cependant, que cette période permet d’oublier ses soucis. On se fond dans la masse, on fait comme tout le monde pour abandonner ses économies dans la perspective du court moment d’allégresse lorsque les enfants découvrent, à Noël, sans trop de surprise leurs cadeaux en présence, s’ils sont ensemble, de leurs parents et grands parents émerveillés.
 
L’effervescence de cette avant scène est à l’image de notre absence d’élévation.  C’est la préparation d’un gaspillage colossal dont quelques rares miettes parviendront au plus démunis.
Encore une fois, chers enfants soyez bienheureux tant que votre innocence vous préserve. Et vous adultes et parents penser à l’image de votre enfance pour réaliser qu’il existe la réalité des autres autour de vous.
A bientôt pour d’autres humeurs, même passagères.
 
 
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