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Pour un nouveau démarrage

LES TRAITEURS: LES NOUVEAUX SOUS-TRAITANTS DES PARTICULIERS

Un article récent dans la presse locale  nous annonçait l’installation d’un nouveau traiteur, à peine quinze jour après l’annonce du déménagement d’un traiteur connu. Voilà que fleurissent les nouveaux métiers de la gastronomie, ceux de la catégorie des traiteurs.  Les traiteurs sont aujourd’hui les chevaliers modernes de la sous-traitance domestique. 

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Colmar

C’est le monde industriel qui fut le pionnier du  développement de la sous-traitance.  D’ailleurs, prêtons attention au terme sous-traitance, qui vient de traite, traiter, traitant et traitement. Dans notre passé colonial nous avions connu la traite des noirs, une façon de sous-traiter des travaux que nous ne voulions pas faire en les confiant à des personnes considérées comme secondaires. La traite c’est l’action de traire mais c’est aussi une forme d’échange marchand qui relève plus du trafic. S’en est alors dégagée une forme de maltraitance qui a donné plus tard la sous-traitance. Les grands industriels ont vite compris que des taches et activités subalternes, peu valorisantes  étaient beaucoup plus intéressantes d’être confiés à des « sous-entreprises » ou des artisans que l’on a alors appelé « sous-traitants ». Ceux là même qui font un traitement plus secondaire et que l’on rémunère au plus juste, créant une catégorie professionnelle de sous-payés. Avec les sous-traitants apparurent les nouvelles catégories de sous-employés, de sous-rémunérés, de ces gens subissant les mauvais traitements commerciaux des donneurs d’ordre.  Ils étaient et sont  encore souvent exploités indument par les détenteurs de capitaux. Une fracture sociale moderne était née.  Toute l’organisation sociale d’aujourd’hui fonctionne autour de la sous-traitance.

Quelques exemples : Les intermittents du spectacle sont les sous traitants des producteurs artistiques, les distributeurs de journaux sont les sous traitants des maisons de presse,les provinces sont les sous-traitants de la capitale, le premier ministre est le sous-traitant du Président, les nègres sont les sous traitants des écrivains, les vendangeurs sont les sous traitants des vignerons, les CDD sont les sous-traitant des CDI, comme tous les petits métiers de service sont les sous- traitants des nobles métiers. On peut ainsi multiplier les exemples.  Transférer à la sous-traitance une forme d’activité c’est se soustraire (dans ce mot, il y a sous  et traire)  de ses responsabilités. Mais d’aucun diront que le développement de la sous-traitance a été bénéfique au développement de l’emploi. Oui, mais surtout des sous-emplois.

Parallèlement, les particuliers   découvrent depuis vingt ans,  l’apparition croissante de métiers en charge des activités domestiques.  Autrefois, seuls les hommes travaillaient en dehors  de la maison et les taches domestiques étaient alors assurées par les femmes et parfois les enfants. Les femme devenaient les sous-traitantes de leur mari. Puis progressivement avec les femmes qui se lançaient sur le marché du travail   sont apparus de nouveaux métiers de sous-traitance domestique. Le particulier se trouvait des comportements de patron et d’exploiteur sous couvert de la libéralisation des corvées. Il s’agissait de transférer des taches souvent ingrates vers des exécuteurs de taches domestiques dont le plus répandu alors était le métier de femme de ménage. Selon le niveau de vie des foyers, les activités se sont vues sous traitées  à des tiers, plus ou moins bien traités. (Lavage, repassage, nettoyage, jardinage, gardiennage par exemple). Aujourd’hui, tout peut se sous-traiter,  si on en a les moyens. Les cours particuliers,  les courses et les livraisons, les achats par internet, les organisations de soirées, les mariages, les circuits voyages, les dépannages etc.…etc.… On accepte même de confier son corps  à autrui pour tout ce qui relève  des soins. D’où l’appel entre autres, aux médecins-traitant, aux coiffeurs avec leur shampooings traitants. Par contre, reste encore traité par le particulier, sa toilette, son habillage, ses ébats nocturnes,  l’utilisation de ses appareils ménagers et électroniques dans la limite de la panne qui alors relève de la sous-traitance après-vente ou de la hotline virtuelle. Mais à la cadence dont s’effectue le transfert des tâches vers des prestataires extérieurs sous formes de délocalisations domestiques, viendra un jour où les tâches plus intimes subiront les mêmes traitements que les autres activités plus communes.   Aujourd’hui,  s’agissant des tâches courantes domestiques,  les particuliers d’un certain niveau de revenu abusent des nouvelles formes de traites utiles à la gestion de leur vie quotidienne. D’où cette évocation du traiteur, de celui qui traite et donc qui va traiter avec quelqu’un, les éléments d’une prestation gastronomique ou alimentaire. Ce sont les nouveaux sous-traitants traiteurs. 

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Il se trouve que le terme de traiteur ne s’emploie que  dans les métiers de bouche. Ailleurs on préfère parler de sous-traiteurs ou plutôt de sous-traitance. C’est le cas de la restauration collective, de la distribution de repas aux personnes âgées. Avec les nouveaux traiteurs, fini la préparation des repas à la maison pour la réception des invités. On évite ainsi de faire les courses, de cuisiner, de préparer les plats, de confectionner des desserts, d’acheter la boisson, on fait simplement  appel aux traiteurs qui vous proposent  pour un certain prix (ce n’est pas gratuit), tout ce que vous ne savez pas faire ou surtout vous n’osez pas faire. Vous pouvez, si vous le souhaitez, bluffez vos amis, faire croire à vos talents gastronomiques. Au pire, s’il devait y avoir un petit problème de dégustation, vous pourriez sans hésiter reporter l’erreur sur le traiteur que vous traiterez de traître pour ne pas avoir respecté son traité. On reconnaitra  là, une certaine forme de trait d’esprit.

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En conclusion, je reconnais que nous sommes tous sensibles à être bien traités moyennant des traitements adaptés et conformes de la part de traitants, de sous-traitants et de traiteurs. A contrario, conformément au traité ou au contrat conclu entre le donneur et le receveur, ou le demandeur et l’offreur, il parait hautement recommander de respecter son prestataire surtout s’il est dans la posture du « sous » quelqu’un et donc de  sous- traitant.  Je propose donc la suppression de notre vocabulaire du terme « sous-traitant » et de le remplacer par le terme « traiteur » ce qui isolerait moins nos traiteurs  gastronomiques, à charge pour ces derniers de ne pas utiliser à leur tour des sous-traiteurs.  

 

PS : J’évoquerai une autre fois la situation des re-traités, ceux qui ont choisi : soit de re-traiter  leur fin de vie ou soit tout simplement de battre en retraite.

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Yvon 20/01/2008 19:46

C'est vrai...Le sujet est bien traité...Même si dans le domaine de la sous-traitance, les idées ne sont pas "toutes blanches" ou "toutes noires"...

philib 20/01/2008 13:18

Oui, bel exposé et bonnes idées... bon dimanche Marc, Philippe.

PAPOU 22/01/2008 08:45

merci pour tes encouragements. Marc